« Pays de Merde »

Le  21 janvier dernier, le journal belge « Le Soir » publiait une lettre ouverte du poète James Noël. Cette lettre – assez longue – m’a été transmise par des amis et dont je vous livre de larges extraits, ci-dessous. Dans ce message, J. Noël s’exprime en réaction à l’emploi de « pays de merde » par  Donald Trump pour qualifier, entre autres, Haïti, son île natale.

James Noël, poète et romancier haïtien, est l’auteur de nombreux recueils de poèmes. En septembre dernier les éditions Zulma, publient son premier roman « Belle Merveille ». Il y relate notamment, l’absurdité de l’humanitaire sur fond d’histoire d’amour sismique. Il anime également la revue « IntranQu’îlllités ».

Pour des informations plus complètes, voir : « Wikipédia », onglet recherche : James Nöel.

 Battery Park, NY 2013

« Cher Donald,

Je vous écrit depuis Calcutta, où je suis en résidence d’écriture pour une dizaine de jours. N’entendez pas des bruits de chaînes ou de bracelet électronique d’un ressortissant assigné à résidence surveillé chez les Indiens. C’est en toute liberté que je me penche comme un arc, non pour vous lancer des flèches, mais pour vous parler sincèrement, comme on pourrait le faire à un jeune ami en difficulté, à un petit frère troublé, ou encore, pourquoi pas, à un nourrisson pas encore sevré.

(…) C’est curieux, cher Donald, de me retrouver dans le bouillonnement d’une ville aussi loin de chez moi, pour méditer sur votre situation, alors que des personnalités, des voix diverses et variées s’en prennent déjà à vous, touchées qu’elles sont au plus profond d’elles-mêmes à cause de vos dérapages et de vos déclarations indigestes.

(…) Beaucoup de gens pensent que vous ne pensez pas, et préfèrent se taire en attendant que passe le cauchemar que vous incarnez. Le problème, c’est que vous pensez, mais votre pensée sent mauvais.

(…) Vous jouez à la roulette russe depuis votre arrivée au pouvoir, votre nouvelle insulte  n’est pas une atteinte aux peuples, vous avez commis un attentat contre vous-même. Pour brasser davantage la substance qui vous travaille, vous qualifiez  « pays trou de merde » tout ce qui parait noir, bleu, arabe à votre « oeil ». Vous êtes ce qu’on appelle en Haïti une Belle Merveille, une catastrophe monsieur le président.

(…) En vilain petit canard, vous êtes Donald, non pour être au service d’un rêve, mais simplement pour garantir sur la toile, le destin animé de tout un peuple que vous marinez dans la boue depuis votre installation à la maison blanche. (…) ». Je vous écris ces mots que vous ne lirez sûrement pas. (…) Car après tout, ces pays sont dans votre viseur, leurs concitoyens des cibles possibles. Si votre peuple laisse faire, particulièrement ceux qui vous ont élu, comme l’a si bien souligné Raoul Peck, ils seront complices.

Extrait de la réaction de Raoul Peck : Si le peuple américain, en particulier les gens qui l’ont élu, les gens qui lui permettent encore, les gens qui travaillent actuellement avec lui à la Maison Blanche, ceux de son propre parti – sénateurs, membres du Congrès, qui ne tolèrent pas seulement lui, le défendent, protégeant même ses comportements les plus scandaleux, ne résiste pas une fois pour toutes à cette pathologie écoeurante et suicidaire, ils entreront dans l’histoire non seulement comme complices, mais, comme dirait James Baldwin, comme des criminels.

A propos Anaïs

saxophoniste et compositrice de musique électroacoustique. Pour plus d'informations, voir la page CONTACT & PROFIL
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